Quelques pensées

Quand vous achetez à un artiste indépendant vous achetez plus qu’une simple peinture. Vous achetez des centaines d’heures d’expérimentation et d’échecs. Vous achetez des jours, des semaines, des mois et des années de frustration et de joie pure. Vous n’achetez pas simplement un objet, vous achetez une part de son esprit, un moment particulier de sa vie. Plus important vous offrez à l’artiste plus de temps pour faire quelque chose de réellement passionnant.

librement traduit de Rebekah Joy Plett.

Le peintre, comme l’archéologue, est un observateur, un superviseur d’accident. Il dérange patiemment la surface des choses jusqu’à ce qu’un accident significatif devienne évident, qu’il le reconnaisse, le préserve du mieux qu’il peut jusqu’à provoquer un nouvel accident. De cette façon, avec de la chance, une image complète, une entité, peut émerger progressivement, presque spontanément.

Louis le Brocquy, peintre irlandais 1916-2012.

Pourquoi ne suis-je pas un artiste conceptuel ou post conceptuel ? Et si la vraie question est de se demander si être artiste, c’est seulement prendre des décisions intellectuelles, que deviennent mes mains dans tout cela ? Devant la Bohémienne du Louvre, un enfant qui a le désir d’être peintre peut se poser la question de savoir si, un jour, il pourra en faire autant. Un tableau de Frans Hals, c’ets un défi et cela reste un défi. C’est cela l’intemporalité de la peinture. Peut on se dire, à la vue de ce Jeune Homme tenant un crane que la peinture se doit d’exister et existera toujours ? A mon sens, la réponse est oui.

Gérard Garouste.

Une réflexion d’actualité de Yves Bonnefoy

Les Traversées

…On dit souvent, aujourd’hui, que le monde est violent, et qu’il faut donc que l’Art reflète cette violence. Qu’il est incohérent, et qu’il faut donc que le travail de l’artiste recommence ou médite ce chaos. Là serait la vérité que l’on doit à la société, qui est elle-même une violence, un désordre ; là serait la véritable façon d’ouvrir le signe à la transcendance de ce qui est. Mais non, car l’être humain ne s’est pas levé de la matière pour simplement répéter désordre et mort, qu’il sait de naissance, mais pour bâtir un lieu, instaurer du sens, apporter de la paix à ceux qui sont près de lui, et lorsque le sens fait défaut, ou se trouble, comme aujourd’hui, au moins continuer de garder ensemble la beauté et la mort, la violence et la paix, le dedans et le dehors des mots et des choses…

Yves Bonnefoy, (Alechinsky : Les Traversées – 1992)